L'IRD au Brésil - 05. Étude des systèmes de production durables développés par les populations “traditionnelles” d’Amazonie : dynamiques de la biodiversité et effets des politiques publiques
 
           

Étude des systèmes de production durables développés par les populations “traditionnelles” d’Amazonie : dynamiques de la biodiversité et effets des politiques publiques

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Contacts :
- IRD :
Anne-Elisabeth Laques
- INPA :
Hiroshi Noda

- Unités de recherche associées à ce programme :
Expertise et Spatialisation des Connaissances en Environnement (ESPACE S140)


Descriptif du projet :

La région du Alto Solimões a connu une longue période d’exploitation prédatrice de ses ressources naturelles. Au caoutchouc ont succédé le bois et le poisson (sans parler des peaux de caïman et de jaguar, œufs et carapaces de tortue, huile et chaire de lamantin, etc.). Ces activités ont peu à peu été réprimées, parallèlement à la création de Terres Indigènes et de réserves naturelles, amenant la quasi extinction de l’exploitation du bois et la généralisation de la contrebande de poisson. Les opportunités d’emploi et de revenu pour les familles de ribeirinhos ont donc diminué, en même temps que s’installait la stagnation économique.
Ces populations ont de longue date exploité les ressources naturelles au profit des réseaux commerçants. Cette exploitation impliquait la soumission à une relation sociale de domination de type patron-client appelée aviamento (y compris en ce qui concerne l’exploitation du bois). Les ribeirinhos ont donc toujours été liés, à travers l’extractivisme, à la demande du marché régional, national et mondial, qui s’exprimait en cycles successifs, dont l’arrêt était souvent lié à l’épuisement de la ressource. L’accumulation se faisait au long de la chaîne commerciale, peu de chose restant aux mains de l’exploitant direct. Ceux-ci assuraient leur reproduction (contribuant à augmenter la rentabilité du capital commercial) à travers une agriculture de subsistance proche de celle pratiquée par les populations indigènes, associée à la pêche et la chasse. C’est donc l’extractivisme qui, tout en leur fournissant l’accès aux produits manufacturés, mettait en péril la reproduction des ressources. Leurs activités de subsistance, par contre, permettaient (et continuent en grande partie de permettre) cette reproduction. Avec la diminution des activités extractives (contrôles, aires protégées), la fin de l’exploitation du bois (en 1994), la concentration du profit issu de l’exploitation du poisson (exporté illégalement vers la Colombie) et la raréfaction de la ressource qui en est la conséquence, les familles de ribeirinhos vivent au-dessous du seuil de pauvreté (Conseil National de Sécurité Alimentaire, 1995).
A cela s’ajoute le manque d’attention pour l’agriculture familiale en général au Brésil (même si un changement est en cours) et en particulier pour ce type d’agriculture de várzea, éloignée des marchés urbains importants.
Les systèmes de production de type agroforestiers qui sont pratiqués par ces populations ont montré leur capacité à faire face aux besoins alimentaires de la famille tout en maintenant un haut degré de biodiversité et d’agrobiodiversité (CLEVELAND et al.1994 e 2000). Ces systèmes optimisent l’utilisation des ressources naturelles disponibles sans dépasser les capacités de reproduction du milieu. Une partie de cette production est destinée au marché local (farine de manioc, fruits, poisson…) mais ne permet pas de sortir de la pauvreté. Des changements sont apparus ces dernières années, entraînés par des politiques publiques fédérales à caractère universel et redistributif (extension des services publiques, aides diverses, systèmes de crédit…). L’influence de la globalisation et de la « modernisation » finit également par atteindre ces zones reculées, entraînant des changements culturels et des modifications des pratiques (Noda & Noda, 1995). Les « communautés » locales cherchent à tirer des avantages de ces ouvertures en réinterprétant et en s’appropriant les offres et influences externes. Ces transformations entraînent des impacts nouveaux sur les écosystèmes, encore mal connus.
Il est donc important de pouvoir évaluer ces impacts et de détecter quelles pourraient être les ressources naturelles locales dont l’exploitation pourrait apporter un revenu significatif à ces familles d’agriculteurs, sans mettre en péril la ressource et les équilibres écosystémiques (NODA et al., 2003).
L’hypothèse de base est que la biodiversité (végétale en particulier) doit représenter la pierre angulaire de tout projet d’élévation du niveau de vie des producteurs familiaux. Transformer cela en réalité économique signifierait conserver la forêt et non, comme on commence à le voir dans la région, la substituer par des cultures temporaires et des pâturages sans avenir, caractéristique des zones d’expansion de la frontière agricole.
Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de connaître en profondeur les systèmes de production agroforestiers existants, identifier leurs composants et leurs interactions, analyser les facteurs qui déterminent l’utilisation et la gestion des ressources (y compris leur conservation) et identifier les possibilités d’amélioration de ces systèmes qui pourraient être introduites sans mettre en péril la sécurité alimentaire et en fournissant davantage de revenus monétaires. Il est également essentiel de connaître la dynamique spatiale des systèmes productifs (images satellites et recherche de terrain) ainsi que l’impact des politiques publiques sur ces dynamiques. L’objectif final étant de pouvoir faire des propositions concrètes d’orientation du développement, tant auprès des « communautés » locales que des responsables des politiques publiques.
Les communautés rurales associées aux recherches seront donc les principales bénéficiaires du projet, puis l’ensemble des communautés de la région à travers les politiques publiques éventuellement mise en place.


Objectifs généraux :

(1) Identifier les connaissances et les pratiques locales qui favorisent la conservation de la biodiversité et des ressources naturelles. Comprendre les formes d’interaction entre les sociétés locales et l’environnement de façon à pouvoir proposer des interventions de développement qui ne compromettent pas la sécurité alimentaire ;
(2) Caractériser les dynamiques des agrosystèmes et de la biodiversité au moyen de la télédétection et de l’analyse des paysages, de façon à construire des indicateurs utiles à la gestion durable des territoires ;
(3) Analyser le rôle des Politiques Publiques dans la dynamique des agrosystèmes et de la biodiversité de façon à identifier celles qui favorisent le développement durable de l’agriculture familiale et la conservation de la biodiversité.

Approches méthodologiques :

L’originalité méthodologique vient de la mise en place d’une approche intégrée entre sciences biologiques, ethnosciences, socio-économie et analyse des paysages. A l’intégration disciplinaire vient s’ajouter une intégration d’échelles, de la parcelle à l’image satellitaire en passant par les habitats, composants paysagers.

Finalité et portée du Projet :

Cette méthode permet d’évaluer les dynamiques de la biodiversité en fonction des pratiques, des tendances économiques et démographiques, et des politiques publiques. Les indicateurs construits au cours de la recherche devraient représenter une aide importante pour la définition de politiques publiques visant un développement qui préserve la biodiversité et les ressources naturelles. Comme telle, cette méthodologie est passible d’être appliquée en d’autres lieux, avec les mêmes objectifs.


Equipes impliquées :

- IRD :
Anne-Elisabeth Laques, Philippe Léna, Pascale De Robert, Jean-François Faure, Helen da Costa Gurgel

- MNHN :
Jean-Louis Guillaumet

- INPA :
Hiroshi Noda, Danilo Fernandes da Silva Filho, Rosalee Albuquerque Coelho Netto, Luiz Augusto Gomes de Souza

- UFAM :
Sandra do Nascimento Noda, Marco Antonio de Freitas Mendonça, Ayrton Luiz Urizzi Martins, Maria Dolores Souza Braga


Formation :

Le projet intègre divers boursiers brésiliens qui participeront activement aux recherches sous la direction des chercheurs seniors :
- Lúcia Helena Pinheiro Martins (NERUA)
- Antonia Ivanilce Castro da Silva (NERUA)
- Maria Silvesnízia Paiva Mendonça (NERUA)


Mots-clés associés :

- Zone géographique :
Région du haut-Solimões, Etat de l’Amazonas

- Thématiques :
Biodiversité, sécurité alimentaire, politique publique, diagnostic, paysage, télédétection






   © IRD Dernière modification sur le site le 13 juillet 2010